
Les médecins libéraux manipulent chaque jour des données médicales sensibles, souvent au sein de cabinets partagés et avec des outils numériques multiples. Face à la hausse des cyberattaques, la sécurité informatique devient un enjeu opérationnel à part entière. Voici 4 bonnes pratiques accessibles pour sécuriser les accès, les données et les usages, sans complexifier l’organisation quotidienne.
Pourquoi la sécurité informatique concerne directement les cabinets médicaux ?
De nombreux médecins libéraux exercent au sein de centres de santé ou de maisons médicales, où plusieurs praticiens partagent des locaux, des équipements et parfois des outils informatiques, tout en conservant une activité indépendante et leur propre patientèle.
Un dossier médical contient en effet des informations personnelles, administratives et cliniques qui peuvent être revendues, détournées ou utilisées par des hackers pour exercer des pressions.
Une cyberattaque peut aussi bloquer l’accès aux logiciels métiers, empêcher la prise de rendez-vous ou paralyser l’activité pendant plusieurs jours. La sécurité informatique ne relève donc pas d’un sujet abstrait ou uniquement réservé aux grandes structures (hôpital, clinique…). Elle concerne directement le médecin, le secrétariat, les postes de travail et les outils utilisés chaque jour. Intégrer la cybersécurité dans le fonctionnement du cabinet revient à sécuriser la continuité des soins et la confidentialité médicale, deux piliers de l’exercice libéral.
1 – Contrôler qui accède aux outils numériques du cabinet
Utiliser des mots de passe solides et uniques pour chaque service
Les mots de passe constituent la première barrière entre les outils du cabinet et les hackers informatiques.
À l’inverse, des mots de passe longs, complexes et distincts les uns des autres limitent fortement les possibilités d’intrusion.
Cette pratique concerne les ordinateurs, les logiciels médicaux, les messageries professionnelles et les accès aux plateformes en ligne. Elle réduit les risques liés aux tentatives automatisées, de plus en plus fréquentes, qui testent des milliers de combinaisons de mots de passe.
L’usage d’un gestionnaire de mots de passe permet par ailleurs de stocker ces identifiants de manière sécurisée sans solliciter la mémoire des utilisateurs. Cette organisation apporte un niveau de protection élevé tout en restant compatible avec le rythme de travail soutenu d’un cabinet médical.

Ajouter une vérification supplémentaire lors des connexions sensibles
La double authentification ajoute une étape de contrôle lors de l’accès à un service sensible. En plus du mot de passe, une confirmation temporaire est demandée, souvent sous la forme d’un code reçu sur un téléphone (via un SMS) ou généré par une application.
Cette mesure empêche l’accès même lorsque les identifiants ont été récupérés par des hackers à l’insu de l’utilisateur. Son intérêt réside dans sa capacité à bloquer des attaques sans modifier la façon de travailler au quotidien. Une fois activée, la procédure devient un automatisme.
2 – Sécuriser les données médicales tout au long de leur cycle de vie
Protéger les données stockées sur les postes de travail et serveurs médicaux
Les données médicales stockées localement restent exposées à des risques matériels, comme le vol d’un ordinateur ou la perte d’un équipement informatique (une clé USB ou un disque dur externe par exemple). Pour parer à toute éventualité, le chiffrement consiste à transformer les données en un format incompréhensible, lisible uniquement à l’aide d’une clé numérique spécifique. Cette technologie rend les informations inutilisables pour toute personne non autorisée, même si le matériel tombe entre de mauvaises mains.
En un mot, cette protection garantit que les informations médicales restent confidentielles en toutes circonstances. Le chiffrement protège en effet les données de santé indépendamment de l’environnement réseau ou des accès utilisateurs. De plus, il agit en arrière-plan et ne modifie pas l’usage quotidien des logiciels médicaux. Il constitue une réponse adaptée aux incidents physiques, souvent sous-estimés, mais pourtant fréquents dans les petites structures.
Sauvegarder régulièrement pour éviter toute perte de données médicales
La sauvegarde vise un objectif différent de la protection des accès ou du chiffrement. Elle permet de récupérer les données médicales lorsque celles-ci ont été détruites, supprimées ou rendues inutilisables. Une panne matérielle, des erreurs humaines ou un incident informatique peuvent entraîner une perte brutale des dossiers patients. Il est donc indispensable de disposer de copies à la fois récentes, mais aussi stockées sur un support distinct. Ce « support distinct » désigne un stockage de sauvegarde physiquement séparé du support principal contenant les données, afin d’éviter une perte simultanée en cas d’incident.
Cette pratique répond à un enjeu de disponibilité des données médicales, indispensable à la continuité des soins. Elle constitue un pilier à part entière de la cybersécurité en cabinet libéral.
3 – Encadrer les échanges numériques avec l’extérieur
Sécuriser les transmissions avec les hôpitaux, laboratoires et confrères
Les échanges entre professionnels de santé impliquent souvent des comptes rendus, des résultats d’examens ou des informations cliniques détaillées. Utiliser des messageries classiques (Gmail, Outlook…) expose ces contenus à des risques de divulgation ou d’erreur de destinataire.
En France, la Messagerie Sécurisée de Santé (MSSanté) (1) constitue le cadre de référence. Elle garantit en effet l’identification des professionnels, la confidentialité et la traçabilité des messages. Son usage contribue également à la conformité au RGPD (Règlement général sur la protection des données) (2), qui impose des mesures de protection renforcées pour les données médicales.
Choisir des services numériques conformes aux exigences de santé
Au-delà des échanges, les outils numériques utilisés au cabinet traitent et stockent des données de santé sur la durée. Les professionnels de santé doivent s’assurer que les informations qu’ils traitent sont hébergées dans des conditions conformes au code de la santé publique et au RGPD, ce qui implique un haut niveau de cybersécurité et de confidentialité.
Cette certification encadre les mesures de sécurité, la gestion des incidents, la disponibilité des services et la traçabilité des accès. Le professionnel de santé conserve toutefois la responsabilité des données de ses patients. Cette vigilance concerne les logiciels métiers, les solutions d’archivage et les services en ligne. Elle permet de sécuriser l’ensemble de la chaîne numérique du cabinet.
4 – Réduire les risques liés aux usages quotidiens
Identifier les courriels frauduleux et tentatives d’escroquerie
Les attaques informatiques exploitent souvent les emails pour contourner les protections mises en place. Des messages imitant des organismes connus (la CNAM, un centre hospitalier…) incitent à ouvrir une pièce jointe ou à cliquer sur un lien malveillant. Un antivirus ou une solution EDR (Endpoint Detection and Response) joue ici un rôle central en analysant les comportements suspects et en bloquant les menaces avant qu’elles ne se propagent.
Ces outils permettent de détecter des logiciels malveillants inconnus et d’isoler un poste compromis. Ils apportent une couche de protection continue, même lorsque des erreurs humaines surviennent. Cette approche technique complète les bonnes pratiques sans dépendre uniquement de la vigilance humaine.
Cybersécurité en santé : sensibiliser l’ensemble du personnel du cabinet
Les mesure techniques mises en place ne suffisent pas si les équipes ne disposent pas de repères clairs. La sensibilisation vise à ancrer des réflexes simples dans les situations courantes. Des formations courtes, des exercices pratiques ou des simulations permettent d’illustrer les risques réels. Les équipes apprennent à reconnaître des signaux faibles, à adopter des comportements adaptés et à signaler rapidement un incident.
Cette démarche collective crée une cohérence entre les usages et les dispositifs mis en œuvre. Elle réduit les erreurs humaines répétées et favorise une réaction rapide en cas de problème. Instaurer cette vigilance partagée contribue à sécuriser le cabinet sur le long terme, sans alourdir l’organisation quotidienne.

En bref : 5 questions clés pour protéger votre exercice libéral
Cyberattaques des hôpitaux : les médecins libéraux sont-ils ciblés par les hackers ?
Oui, les cabinets médicaux libéraux sont des cibles fréquentes en raison des données médicales sensibles qu’ils concentrent, avec des risques de vols de données par des hackers ou des interruptions d’activité impactant la continuité des soins.
Faut-il obligatoirement utiliser MSSanté pour les échanges ?
L’Agence du Numérique en Santé (ANS) indique explicitement que l’utilisation de MSSanté n’est pas obligatoire pour les professionnels de santé, en ville comme à l’hôpital. Ce n’est pas obligatoire mais fortement recommandé, comme le précise l’ANS sur son site.
Un antivirus suffit-il à protéger un cabinet libéral ?
Un antivirus permet de stopper certaines menaces, mails il est préférable d’utiliser un EDR (Endpoint Detection and Response). Ce type de solution monitore en continu les équipements (postes de travail, serveurs) pour détecter les comportements suspects au sein des systèmes d’information.
Quel rôle joue l’ANSSI dans la sécurité informatique des cabinets médicaux ?
L’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) est l’autorité française de référence en cybersécurité, chargée de protéger les systèmes d’information critiques. Elle publie régulièrement des rapports sur la hausse des cyberattaques et des incidents de sécurité dans la santé depuis 2020, ainsi que des guides d’hygiène informatique adaptées aux cabinets libéraux pour renforcer la protection des données médicales.
Quelle est la mission des ARS (Agence Régionale de Santé) en matière de cybersécurité ?
Les ARS relaient à l’échelle régionale la stratégie nationale de cybersécurité pilotée par le ministère de la Santé et l’Agence du Numérique en Santé (ANS). Elles peuvent accompagner les établissements de santé dans leur mise aux normes et soutenir financièrement les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) ainsi que les Maisons de Santé Pluriprofessionnelles (MSP) dans leurs projets de protection.
Sources :
(1) https://esante.gouv.fr/strategie-nationale/mssante
(2) https://www.cnil.fr/fr/reglement-europeen-protection-donnees