
Réguler les flux de circulation, surveiller la qualité de l’air, mieux détecter les fuites d’eau ou de gaz, protéger les personnes aux abords des lieux de rassemblement… En connectant les infrastructures urbaines et en analysant les flux de données en temps réel, les technologies IoT (Internet des Objets) peuvent répondre aux besoins de sécurité des villes et de leurs habitants.
Yann Tanguy, Head of Sales chez Objenious, Business Unit de Bouygues Telecom division Entreprises spécialisée en IoT, décrypte cette révolution et les défis que doivent relever les collectivités pour bâtir les villes de demain.
Face à l’urbanisation croissante, des besoins de sécurité accrus
La sécurité dans les villes doit être repensée. Et elle doit l’être dans son acception la plus large.
L’urbanisation des territoires et la concentration de la population dans les villes engendrent des besoins de supervision de la sécurité accrus : congestion du trafic, risques d’accidents, surfréquentation de certains lieux publics, vidéosurveillance, gestion des accès à distance… Mais au-delà de la sécurité des personnes et des déplacements, les villes doivent également tenir compte des risques environnementaux et de la consommation des ressources, qui ont un impact considérable sur la qualité de vie globale de leurs administrés.
La surveillance de la qualité de l’air, la prévention des catastrophes naturelles ou encore la rationalisation de la consommation énergétique font aujourd’hui intégralement partie des missions qui contribuent à rendre la ville de demain plus sûre. Cette sécurité est à envisager au sens large, en incluant à la fois les déplacements, la sécurité des personnes, la gestion des risques environnementaux, la qualité de vie, la consommation des ressources, la qualité des services, etc.
Le développement des smart cities et de l’Internet des Objets peut justement répondre à ces besoins. En s’appuyant sur des objets connectés (capteurs, caméras, etc.) qui collectent et analysent les données en temps réel, les villes améliorent leur gestion des risques et des enjeux de sécurité.
Il existe désormais un écosystème global capable de répondre aux différents enjeux de sécurité auxquels sont confrontées les villes. Les technologies existantes permettent de collecter des données, à la fois avec des réseaux à très faible débit conçus pour toutes sortes de capteurs IoT, ou avec la 4G et la 5G, dont les flux de données sont considérables. En plus de cela, les smart cities peuvent s’appuyer sur l’edge computing et l’IA pour analyser ces données en temps réel.
Déplacements, éclairage, vidéoprotection : l’ère du « tout connecté »
Les villes ont désormais à leur disposition un arsenal de moyens technologiques pour déployer des dispositifs connectés sur les infrastructures urbaines et rehausser leur niveau de sécurité.
Un peu partout en France, les villes déploient des solutions connectées pour améliorer en continu la sécurité des infrastructures et des habitants. Les projets portent à la fois sur :
- Les déplacements (vidéoprotection embarquée dans les transports en commun, régulation intelligente des flux de circulation, notamment par l’ajustement de la cadence des feux en fonction du trafic),
- L’éclairage (capable de s’ajuster en fonction de la présence de piétons ou à l’approche de voitures),
- L’environnement (surveillance de la qualité de l’air, du niveau d’eau des cours d’eau afin de prévenir les risques d’inondation),
- La détection automatique d’incidents (fuite de gaz, départ d’incendie, etc.),
- La gestion des déchets,
- La surveillance de l’espace public et des grands rassemblements avec la vidéoprotection.
Pour encourager le développement de projets reliant les villes et améliorant la qualité de vie des habitants, il est essentiel que les municipalités garantissent la protection des données en conformité avec le RGPD, notamment grâce à une anonymisation à grande échelle.
De nombreuses initiatives en France et à l’étranger…
Certaines collectivités se sont emparées très tôt de ces sujets. La métropole du Grand Lyon, par exemple, a dès 2015 lancé un projet de surveillance de la consommation d’eau en temps réel et de détection proactive des fuites. Des milliers de capteurs connectés ont été déployés sur les canalisations. En cas d’anomalie, les équipes sont alertées pour intervenir rapidement et ainsi limiter les pertes d’eau.
La ville de Montpellier, de son côté, a fait le choix d’intégrer des capteurs IoT à l’intérieur des poubelles de tri sélectif et des bacs d’apport volontaire. En surveillant en temps réel le taux de remplissage, ces capteurs permettent d’optimiser les tournées de collecte, et ainsi de limiter le débordement des conteneurs tout en réduisant le nombre de camions sur les routes.
Nos voisins européens peuvent aussi être plus ou moins à la pointe sur une multitude de sujets, qu’il s’agisse de la sécurité embarquée dans les transports en commun, de l’éclairage intelligent ou encore de la sécurité routière.
Les pays nordiques sont quant à eux très avancés sur le sujet de la vidéoprotection dans les transports publics. Cette solution a déjà prouvé sa capacité à limiter les incivilités et les agressions, mais aussi à identifier les auteurs. Et tous les exploitants dans les transports publics français (TER, bus, tramway…) tendent désormais à mettre en place ce type de solutions destinées à la protection des usagers, mais aussi des chauffeurs ou contrôleurs.
Dans le domaine de la sécurité routière, l’Espagne fait figure de précurseur en Europe avec des solutions innovantes comme la « Balise V16 ». Ce gyrophare orange connecté, à placer sur le toit de la voiture en cas de panne ou d’accident, remplace désormais le traditionnel triangle de signalisation. Obligatoire depuis janvier 2026 pour tous les véhicules immatriculés en Espagne, il transmet automatiquement l’alerte à la DGT (Sécurité Routière Espagnole), qui diffuse l’information en temps réel aux automobilistes. Objectif : améliorer la sécurité, réduire les risques et fluidifier le trafic. Cette solution pourrait prochainement être adoptée par d’autres pays européens, comme le Portugal ou l’Italie.
Barcelone a également été l’une des premières villes européennes à déployer à grande échelle un réseau d’éclairage intelligent en Narrowband IoT (NB-IoT), une technologie 4G basse consommation qui préserve la batterie des équipements. Le déploiement de ce réseau d’éclairage intelligent lui a permis de réaliser 30 % d’économies d’énergie(1) sur son système d’éclairage urbain.
Cybersécurité, interconnectivité, interopérabilité : le triptyque de la smart city
L’un des enjeux majeurs d’un projet IoT consiste à choisir, pour chaque cas d’usage, la bonne technologie et le protocole de communication les plus adaptés. Les options s’étendent des réseaux cellulaires (4G/5G) pour les besoins en haut débit et faible latence, aux réseaux basse consommation (LoRa, LTE-M, NB-IoT) pour les objets qui transmettent de petits volumes de données sur de longues durées avec une grande autonomie.
Le choix repose principalement sur quatre critères : le débit de données requis, les performances en latence, la couverture géographique et la pénétration indoor, et la contrainte d’autonomie énergétique des capteurs. Mais pour déployer des solutions connectées à l’échelle d’un territoire, les villes doivent également faire converger les trois piliers que sont la cybersécurité, l’interconnectivité et l’interopérabilité.
La cybersécurité à grande échelle
Les capteurs IoT vont en effet faire remonter une multitude d’informations, parfois sensibles, dont la transmission et le traitement devront être soigneusement protégés, que ce soit pour des raisons de sûreté des infrastructures urbaines, de protection de la vie privée des citoyens, de RGPD ou toute autre conformité réglementaire. La directive européenne RED (Radio Equipment Directive) notamment, impose désormais des exigences de sécurité renforcées aux fabricants d’équipements connectés.
Le niveau de chiffrement des données est un critère particulièrement important pour le déploiement de solutions de vidéoprotection en temps réel, ne serait-ce que pour le respect des contraintes RGPD. La gestion à distance des équipements est également un point essentiel à prendre en compte. Impossible d’aller sur chaque lampadaire de la ville pour déployer une mise à jour ou correctif logiciel sur les capteurs qui pilotent l’éclairage public ! Les mises à jour doivent pouvoir être déployées rapidement et à grande échelle sur les infrastructures connectées
Interconnecter les systèmes…
À l’échelle d’une ville, déployer de multiples dispositifs connectés implique de faire travailler ensemble différents interlocuteurs (opérateurs télécom, intégrateurs, fabricants de solutions IoT…) et différents systèmes (bases de données, analytique, API…). L’interconnectivité entre ces acteurs et briques hétérogènes représente donc un défi majeur. Il s’agit de s’assurer que les données générées par les capteurs puissent transiter sans rupture jusqu’aux plateformes d’analyse, puis de transférer les informations vers les applications métiers.
En tant qu’opérateur télécom, nous sommes au cœur de ce défi en fournissant l’infrastructure réseau qui permet cette liaison physique et logique entre les systèmes disparates. Pour cela, nous mettons en œuvre des architectures de réseaux convergentes et sécurisées, gérons les différentes technologies de connectivité et assurons un routage fiable et performant des flux de données entre les dispositifs terrain et l’infrastructure centrale de la ville.
… et les aider à se parler
Une fois l’interconnectivité effectuée, les villes doivent s’assurer de l’interopérabilité, c’est-à-dire la capacité pour ces systèmes connectés de se comprendre et de travailler sur les mêmes jeux de données. Par exemple, le système de suivi des niveaux de remplissage des poubelles doit pouvoir communiquer avec le système d’optimisation des itinéraires des véhicules de collecte, afin de ne déclencher un passage que lorsque les poubelles pleines justifient la déviation du parcours.
Cela peut sembler évident, mais pour cela, il peut être nécessaire d’utiliser des protocoles de communication standardisés, d’harmoniser les formats de données et les interfaces de programmation (API) à travers les différentes plateformes et applications de la ville.
Des capacités d’anticipation renforcées
Si les solutions connectées actuelles permettent déjà de donner corps à de nombreux cas d’usage pour améliorer la sécurité dans les villes, les années à venir verront l’avènement d’une puissance de calcul encore plus efficiente. En s’appuyant sur de meilleures capacités d’analyse de données et un nombre plus grand de capteurs connectés, les villes pourront anticiper davantage d’éléments sur le terrain, qu’il s’agisse des problématiques environnementales, des contraintes de circulation, des enjeux de gestion des grands rassemblements de personnes, etc.
La convergence entre la 5G, l’Edge Computing et l’IA permettra de développer une très grande puissance de traitement de données, et d’anticiper de nombreux besoins en matière de sécurité. Une nouvelle marche sera également franchie lorsque les réseaux 5G seront en mesure de prendre en charge un grand nombre d’appareils connectés (Massive IoT), avec la généralisation prochaine des fonctionnalités 5G spécifiques à l’IoT.
De nouveaux cas d’usage autour de la sécurité pourront également voir le jour : les véhicules autonomes, le « V2X » ou véhicules équipés d’un système de communication embarquée capables d’alerter le conducteur en cas d’obstacle ou de risque de collision avec tout autre élément connecté (piéton, vélo, infrastructure urbaine, autre véhicule…), la gestion des livraisons urgentes par drones, les navettes autonomes, les jumeaux numériques (copies virtuelles d’un territoire permettant d’optimiser la prise de décision grâce aux données), etc.
Les smart cities déploieront, dans un avenir proche, des solutions connectées leur permettant de s’appuyer sur des données « chaudes », collectées en continu, priorisées et de qualité. Les temps de latence et de traitement de ces données seront réduits. Des éléments qui font gagner du temps dans la gestion de la circulation ou la coordination des interventions des services publics. Cette puissance technologique renforcera les capacités des villes à anticiper les risques et augmentera la sécurité de tous les usagers de la ville.
(1) Source : How Smart City Barcelona Brought the Internet of Things to Life, février 2016
De nombreuses initiatives en France et à l’étranger…